Méthode pour l’École de communauté (1992)

Notes d'une discussion de Luigi Giussani au Conseil national de Communion et Libération


L’École de communauté contient, de manière critique et systématique, la proposition du mouvement. Elle représente le contenu le plus important auquel prêter attention et le point de référence pour tout jugement et toute comparaison.

Le travail sur le texte de l’École de communauté est la manière la plus concrète de maintenir un rapport systématique avec le charisme du mouvement.



Le Charisme est le don de l’Esprit qui agit en fonction de l’Église toute entière, en utilisant les tempéraments, le temps et l’espace : en utilisant l’humain. Voilà un des contenus centraux de la deuxième partie du troisième volume [Luigi Giussani, Pourquoi l'église, Paris, Éditions du Cerf, 2012] ; se rendre compte que l’Esprit utilise l’humain signifie prendre conscience de ce qu’est le catholicisme.



La fidélité au charisme génère présence et mission ; la fidélité au charisme génère l’expérience qui, à son tour, produit un développement humain avec une capacité de présence.

Le génie propre au charisme du mouvement est méthodologique, pédagogique. Le mouvement est né du désir de faire connaître Jésus Christ aux jeunes, de manière à ce que sa présence devienne convaincante pour eux.



La méthode du mouvement est définie par le mot « événement » : révéler la présence de Jésus Christ en tant qu’événement présent. De fait, c’est dans un événement actuel que Jésus Christ se révèle de manière convaincante. La méthodologie du mouvement réside toute entière dans le remplacement de catégories répétées ou d’un discours réitéré par la rencontre d’un événement.
La moralité naît du désir de remplir sa vie avec l’événement qu’on a rencontré et dans lequel on a été impliqué ; désir d’appartenir à ce qu’est le mouvement et, par conséquent, de s’y confronter.


La compagnie devient événement, et donc source de moralité, dans la mesure où elle prend position de manière à faciliter à chacun la comparaison de tout ce qu’il vit avec la proposition du mouvement.

Voici la modalité concrète pour maintenir la relation avec le charisme : aborder avec un événement et faire pénétrer dans cet événement. La responsabilité personnelle de celui qui dirige devrait être à l’origine de cet événement: que sa relation avec ce qu’il dit aux autres soit sérieuse. Voilà ce qui fait briller la vie de la compagnie en tant qu’événement.

Si l’École de communauté est réduite aux arguments d’un « discours », elle ne développe pas le mouvement. S’il s’agit d’un travail, d’un point de comparaison, elle devient un élément fascinant de l’événement.

Ce qu’il faut communiquer, c’est l’enthousiasme, la beauté d’une comparaison. La comparaison porte en soi une composante existentielle dramatique, car celui qui se confronte doit se corriger. C’est cela, justement, qui entraîne de manière éducative : seul celui qui suit mérite d’être suivi. Ce qui ne devient pas nécessité de changement est faux, même s’il s’agit d’un discours correctement répété.





L’École de communauté doit se faire à partir d’une confrontation sérieuse avec le texte, sans suivre le fil de ses propres préoccupations.

Comment l’École de communauté devient-elle un point de confrontation ? Il faut d'abord la lire en clarifiant tous ensemble la signification des termes. Non pas une interprétation, mais une séquelle littérale. C’est la renaissance de la méthode scolastique du Moyen Age : une lecture tellement textuelle que les commentaires se faisaient en marge. Il faut devenir disciples du texte. 
 

Dans un deuxième temps, il faut faire place à l’illustration par l’exemple d’une confrontation entre ce que l’on vit et ce qu’on a lu. Il faut se demander comment ce qu’on a lu et essayé de comprendre littéralement juge la vie, juge ce qui s’est passé la veille, ce qui se passe dans le monde et dans sa propre situation.
De cette manière, l’École de communauté devient un geste missionnaire ; elle ne doit pas être un « séminaire interne ». Comment l’École de communauté peut-elle être valable pour moi si je ne la ressens pas prometteuse d’espérance également pour l’individu que je rencontre dans la rue, ou pour le compagnon d’école ou de travail ? Si elle est valable pour moi, pourquoi ne serait-elle pas valable pour lui ? En la proposant à l’autre, l’unité humaine qui existe entre lui et moi, la soif humaine qui nous unit, et l’ancre de réponse qui brille pour l’autre et pour moi-même se révèlent.

Celui qui dirige l’École de communauté devrait être la source jaillissante de ce moment en tant qu’événement. Et il devient source jaillissante si ce qu’il lit le frappe à tel point qu’il pourrait dire — avec discrétion et sans aucun sentimentalisme : « Je comprends que tel passage me juge avant tout personnellement ». Si, au contraire, celui qui guide écrase les autres avec ses pensées, il habitue chacun à suivre ses propres pensées.

L’École de communauté doit être ressentie, vécue et soufferte par celui qui la dirige ; lequel, pour cette raison précise, cesse d’être quelqu’un de perché sur sa chaire pour devenir - comme tout le monde - quelqu’un qui cherche. Et pour que cette recherche ne soit pas intellectuelle, elle doit être une demande. Cette recherche et cette demande génèrent alors une affection réelle.

Le travail de l’École de communauté, plutôt que d'être fondé sur des gestes exceptionnels, est un travail de chaque jour.

Il n’est pas productif de remplacer le travail de l’École de communauté par quelque chose d’autre, qu’on imagine soi-même ; ce serait la reconnaissance inconsciente de notre propre incapacité à faire École de communauté.